L'Esthétique de Paul Gadenne :
séminaire 98
Didier Sarrou : "Gadenne et la plasticité du roman
: "Partant du constat que l'être humain est plastique et que le roman doit épouser
cette plasticité, tout l'effort de Gadenne, de Siloé à son roman posthume Les Hauts-Quartiers, malgré
les apparentes ruptures de ton et de style, est une recherche, réitérée sous des formes diverses,
pour traduire, à travers le cheminement d'un personnage mouvant, la continuité, l'aspiration à l'unité,
pour créer les instruments de cette plasticité. Sous l'apparente disparité de ses sept romans, une
continuité s'entrevoit : le souci de parvenir à rendre compte des variations dont l'être humain est
susceptible, en ayant recours à une matière aussi malléable, aussi souple que peut l'être l'argile
entre les mains du sculpteur, et en suivant une ligne qui rétablisse sans cesse le lien fragile qui
unit les différents éléments de la matière, les différents instants, contour et non limite,
transparence et non opacité."
Isabelle Pépoué : "Siloé, poème symphonique"
:
"Siloé, premier roman de Gadenne, œuvre de jeunesse, partage plusieurs traits de composition avec
le poème symphonique : il s'agit d'une musique instrumentale collective dont la structure est
déterminée par des éléments poétiques et en particulier une figure mythique ; le roman comporte
trois grands mouvements et l'écriture est fondée sur la reprise de motifs conducteurs. Dans quelle
mesure le poème symphonique participe-t-il de la sève du roman comme modèle de composition de
l'œuvre ?"
Delphine Dupic
:
"D'un point de vue seulement extérieur, la structure de La Plage de Scheveningen semble être celle
d'un roman " classique " : le texte est divisé en chapitres numérotés ; il est composé de trois
parties, un prologue (chapitres I à VIII), une partie centrale (chapitres IX à XXI) et un épilogue
(chapitres XXII à XXV) ; il est de plus achevé par un chapitre qui se détache nettement de l'ensemble
et se signale donc comme clausule. Il s'agit là d'une œuvre structurée et de surcroît fermée.
Néanmoins, le lecteur constate rapidement que le roman, publié en 1952, " ne se restreint pas à
cet espace du récit classique ", comme l'écrit Bernard Dort. La structure temporelle est ainsi
en rupture avec le traitement traditionnel de la temporalité, qui s'efforce habituellement de faire
concorder le temps de la fiction et celui du récit."
Aline Etienne-Curatolo : "D'une plage l'autre"
:
En analysant l'oeuvre de Ruysdael, Aline Etienne-Curatolo démontre comment Gadenne, s'est inspiré
d'un tableau de Ruysdael qui est en fait : "La Plage à Egmond-aan-zee".
Bruno Curatolo : "Baleine une esthétique de l'effacement"
:
Cette lecture génétique de la nouvelle "Baleine", permet de voir comment Gadenne a travaillé
progressivement à effacer ce qui tendait à trop éclaircir le texte, ce qui faisait de la nouvelle
un énoncé trop simple et univoque. "En poète, Gadenne a soigneusement effacé le trop visible de sa quête du Sens pour ne graver,
à l'horizon de l'imaginaire que l'absolu d'un nom : BALEINE, après avoir retiré les échelles de
l'édifice."
Jean-Baptiste Renault : "Baleine : un manifeste ?"
:
"Baleine est une œuvre paradoxale. Elle se présente à la fois comme un récit et comme un "manifeste" :
là réside son originalité. Derrière le récit d'une promenade et d'une rencontre insolite, celle d'une
baleine échouée, dont on devine vite qu'ils ne sont que les premiers termes d'une proposition beaucoup
plus complexe, il y a une forme de déclaration, quelque chose comme une prise de position à la fois
éthique et esthétique. C'est cela qui retient l'attention, qui mérite que l'on s'attarde sur Baleine :
ce "discours" qui se fait jour sous le récit, cette prise de position complexe, paradoxale, qui
utilise justement le récit pour s'avouer - ou plus exactement pour ne s'avouer qu'à demi."
Valérie Derinck : "L'esthétique de la dérision dans Les Hauts-Quartiers" :
"Même si ce terme peut s'appliquer ponctuellement à d'autres récits de Gadenne, il apparaît
clairement que l'écriture de la dérision se systématise dans Les Hauts-Quartiers. L'auteur
l'érige en véritable esthétique aux procédés très divers. Ils peuvent pourtant s'articuler selon
trois axes majeurs, qui semblent résumer la dérision selon Gadenne : la farce, la dérision tragique,
et la subversion de l'écriture romanesque."
François Lermigeaux : "Une esthétique de la juxtaposition"
:
La structure des Hauts-Quartiers, le dernier roman de Gadenne, a souvent été critiquée. "Si le livre
est touffu, s'il est parfois bavard ou trop long, n'est-ce pas justement un de ses éléments
constitutifs ? Ne peut-on pas envisager Les Hauts-Quartiers comme un roman qui ne cesserait de
s'alourdir, de se ralentir ? La perspective ainsi ouverte nous permettra de mieux deviner le projet
qui anime ce dernier roman dont les défauts apparents ne sont que les conséquences d'une entreprise :
décrire le face à face entre un homme décalé et un monde qui ne cesse d'accumuler ses bavardages. Si
Les Hauts-Quartiers s'enlise dans le fait-divers c'est parce que le romanesque est mis
intentionnellement à rude épreuve par Gadenne."